Ovidie : Journal de Bord

SUITE DU JOURNAL DE BORD DE LA PROMOTION DE PORNO MANIFESTO

Pour commencer : oui je sais, dans la première partie de cette "saga" il y a plein de fautes d'orthographe, vous avez été beaucoup à me le faire remarquer par e-mail. Pour tous les adeptes de la dictée de Pivot, je suis désolée, je n'ai pas eu le temps d'aller les corriger. Ces textes résultent en général de coup de speed réactifs à des articles mensongers et/ou insultants. Ils sont écris en quelques minutes et immédiatement mis en ligne sans les "réfléchir" ni les corriger.

Il s'est passé beaucoup de temps depuis l'écriture de la première partie de ce journal. Et, vous l'imaginez bien, beaucoup d'encre a coulé dans la presse depuis. Essayant de préserver ma petite santé et de prendre quelques vacances, je n'ai lu que très peu d'articles me concernant. J'en ai apperçu quelques-uns assez sympathiques, comme celui des Inrockuptibles (j'ai également apperçu quelques louanges dans BD adult, Fantastique Zone, Le Meilleur, de la sympathie dans L'Affiche, de la correction dans Vsd -bien qu'ils aient encore ressorti cette vieille photo de moi lisant Lénine en me reposant entre deux scéances de dédicaces lors d'un salon... Cette photo a fait le tour de la presse, j'aurai du réfléchir à deux fois lorsque le photographe m'a demandée s'il pouvait prendre quelques clichés ! J'ai également vu cité mon nom chez mes camarades (hum hum) du Nouvel Obs qui, pour une fois, n'affichaient pas de mépris intense vis à vis de moi, ne publiaient pas de faux propos, mais au contraire parlaient de Lilith en de bons termes.

Mais j'ai également ouïe dire de quelques lignes peu sympathiques. je ne l'ai pas lu, mais on m'a parlé d'un article du Canard Enchaîné sous-entendant que mon livre (ou une partie ? je n'ai pas bien compris) avait été écrit par mon éditeur en personne !!! Pour ceux qui l'ont lu, ce serait gentil de me confirmer voire de me l'envoyer par mail pour que je puisse constater l'énormité du mensonge. Lorsque on me l'a dit, j'ai d'abord sourit, fière qu'encore une fois mon texte n'ai pas laissé de marbre mes camarades journalistes gauchistes. Puis la colère est progressivement montée, parce que cette situation m'a rappelé de nombreuses autres accusations misogynes dont j'ai pu être la victime. Car ce sont des accusations misogynes. Je m'explique.

Lorsque j'ai commencé ce métier, et lorsque mes premièrs talk-shows ont été diffusés, personne ne comprenait vraiment d'où je venais. Mes collègues pornographes ne me connaissaient pas encore bien, la presse spécialisée non plus, et la presse traditionnelle préparait déjà une explication toute faite et mensongère : elle fait ça pour ces études. De toute manière, elle ne restera pas longtemps dans ce business. Puis, les mois passèrent, et j'étais toujours là, devant la caméra. Passage obligatoire, j'obtenais quelques mois plus tard mes premiers articles dans le journal Hot Vidéo qui se mettait progressivement à me soutenir. Vint les premières accusations : elle a été créée par des méchants businessmen pornographes machiavéliques pour essayer d'attirer un public féminin. En bref : une opération promotionnelle. (Voir certains discours tels ceux d'un intello comme Patrick Baudry qui a visiblement un problème à régler avec sa quéquette et qui aime gloser sur la pornographie sans la connaître). Ce qui est drôle lorsque on sait que je ne connaissais pratiquement personne de ce métier lors de mes premières émissions où je tenais déjà un discours engagé. Un an et demi passa, et je réalisais mon premier film chez Marc Dorcel. La date du tournage n'étais pas encore prévue que l'on racontait déjà que ce n'était pas moi qui réalisait le film (j'ai entendu qu'il s'agirait pour certain de la directrice de production, pour d'autre d'un autre réalisateur -Alain Payet ???). Puis je réalisais mon deuxième film et tout devint clair dans la tête de certains journalistes : j'étais un produit conçu par Marc Dorcel. Certains avaient d'autres thèses : j'étais un produit Hot Vidéo, puisque mon mari, abandonnant l'enseignement et cherchant du travail, commençait à travailler pour le canard (Plus d'un an et demi après mon entrée dans le métier !). Un peu plus de trois ans passèrent et la sortie de mon livre approchait. Et le produit que je serait aurait changé de créateur puisque il s'agirait maintenant de mon éditeur qui aurait influencé l'écriture de mon texte. Alors que la version définitive avait été lue (et acceptée, mais ça c'est une autre histoire) par deux éditeurs avant lui ! Et aucun élément, sauf la conclusion que je laissais mûrir dans ma tête, n'avait été ajouté depuis.

Tout ça pour dire que, d'une manière générale, lorsque une femme entreprend quelque chose, surtout si c'est intéressant, on a toujours peine à croire qu'il n'y a pas un ou plusieurs hommes derrière. C'est dans ce sens que je parle d'accusations misogynes. Après trois ans et demi de travail, de médiatisation, et d'une petite cinquantaine de films tournés (avec beaucoup de maisons de productions différentes ! j'aime le préciser pour insister sur le côté "indépendant" de ma situation), certains en sont encore à dire que j'aurais été créée par des forces masculines (le porno en général qui se réunirait en secret pour décider de la création d'un nouveau specimen féministe, Hot Vidéo, Marc Dorcel, Flammarion... Tiens, pourquoi personne n'a-t-il jamais pensé à Lubrick ??? C'est vrai ça ! J'ai tourné au moins une dizaine de films avec lui ! J'en discutais il y a encore quelques jours avec les Rockbitch (groupe de métal féminin, qui vivent en communauté plus ou moins lesbienne depuis 12 ans, féministe-pro-sexe, faisant des cochonneries sur scène) : elles souffrent du même problème. Elles sont 14 dans leur communauté dont 11 filles. Et pourtant beaucoup (de journaliste et autres) en sont encore à affirmer que toute cette communauté serait la création d'un homme (qui vit avec elles depuis le début) et qui aurait créé leur discours et serait à la racine de toute composition musicale. La chanteuse me racontait qu'un jour, après un concert, la salle ne voulait pas lui verser le cachet du groupe car elle préférait "négocier sérieusement avec l'Homme " ! Nous en sommes encore au stade où des femmes ne peuvent toujours pas prétendre décider sur leur propre vie seules, sans présence masculine. Tout comme certains refusent aux femmes l'envie d'être sexuée (en étant sex worker, en s'habillant ou en ayant une attitude sexy, en ayant des pratiques sexuelles libérées ) sans être soummise aux fantasmes masculins. Cela ressemble fort à ceux qui prétendaient, il y a encore peu de temps, que les femmes n'avait aucun désir sexuel et ne prenaient aucun plaisir sauf vécu à travers celui de l'homme. Ah elle est belle la libération !

 

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