| Ovidie : Journal de Bord | ||
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JOURNAL DE BORD D'UNE PROMOTION (Mai 2002) Ou Mon histoire d'amour avec les garants et ouvriers de la propagande politiquement correcte Ière Partie Après trois années de médiatisation, de coups réussis, mais aussi d'arrachage de cheveux, il ne m'était jamais venu à l'idée de faire le point sur ce qui m'a causé bon nombre de crises de nerfs : mon rapport avec les journalistes. Comme vous pouvez le voir sur ce site, Porno Manifesto (Flammarion), est sorti le 6 mai 2002. Et je ne sais pas ce qui me prend ce matin, peut-être l'euphorie et la rage d'un abus de café, mais j'ai envie d'écrire ce que je ressens ces temps-ci, lorsque je pars faire une nouvelle interview et, surtout, lorsque je reçois les coupures de presse de ce que sont devenues ces interviews.
"Fidèle à elle-même, la télévision attire le larbin. Plus personne n'est dupe. En tant que plus gros outil actuel de propagande de l'idéologie dominante, son utilisation du sexe est très normalisatrice au niveau des rapports hommes/femmes, je n'apprends rien de nouveau. Là où la télévision est extraordinnaire, c'est qu'elle arrive à conjuguer vulgarité extrême avec morale puritaine. Avec sa "subtilité" qui lui est propre elle n'aborde la sexualité qu'en des termes moralisateurs. Si une émission se consacre au cinéma X, elle remplit deux missions : racoler le spectateur, et véhiculer les stéréotypes classiques qui accusent le milieu de la pornographie. Elle est à la fois "pute" et "flic". " (Porno Manifesto, p163) J'ai à peine terminé de recopier ces quelques-lignes, que je viens à l'instant de recevoir un coup de fil d'un journaliste de Hot Vidéo qui me lit les grandes lignes d'un article du Libération d'aujourd'hui (nous sommes le jeudi 23 mai) qui va vendre de l'exemplaires à gogo puisque il parle de "porno" et qu'il le rend responsable de toutes les horreurs du monde. Bref, revenons à mes histoires d'articles, qui ont permit, ou permettent en ce moment même, d'augmenter les ventes grâce aux mots magiques "porno" et "sexe", mais qui continuent à nous faire passer pour le diable en personne. Tout avait commencé il y a plusieurs semaines avec Marie-Claire, qui avait décidé de faire un dossier sur la pornographie (comme c'est original). Tout ce passait à peu près bien, j'avais rencontré à deux reprises une journaliste qui semblait avoir lu et à peu près compris mon livre. J'étais en confiance (et oui, je suis une grosse gourde qui a encore la naïveté d'être de temps en temps confiante avec certains journalistes...). Là où les choses ont commencé à sentir le roussi, c'est quand mon attachée de presse (qui, soit dit en passant, s'était fait traiter comme la dernière des mères maquerelles quelques jours auparavant par un journaliste du Nouvel Observateur parce qu'elle osait s'occuper du livre d'une femme aussi peu respectable que moi ! Ah, puisque on parle du Nouvel Observateur - qui fait ses choux gras sur essentiellement quatre sujets : les francs-maçons, Paris la nuit, l'extrême droite, et les horreurs de la pornographie et de la prostitution - je vous rappelle à titre indicatif que voilà maintenant deux ans et demi qu'un de leur numéro hors série sur la pudeur est en ligne est contient une FAUSSE interview de moi, dans laquelle ils me font passer pour une jeune adolescente à problèmes et sous-entendent que j'aurais subit des choses atroces durant mon enfance... Papa, Maman, si vous avez lu ces lignes, rassurez-vous, elle ne sont que la construction raccoleuse de journalistes en mal de sensations. Bref, tout ça pour dire que si vous tombez sur internet sur cette interview, que je leur ai demandé de retirer en vain, n'en tenez absolument pas compte). Mais revenons à Marie-Claire. Tout ce passait bien, jusqu'à ce que mon attachée de presse me dise j'allais être interviewée par une seconde journaliste du même magazine, et que mes deux interviews seraient publiées dans le même dossier. Confiante, et de bénéficier de plusieurs pages et de deux sons de cloches différents, je me rends à ma seconde interview... croisée avec Isabelle Alonso !!! Et là, deux heures de bonheur : deux féministes face à moi qui piaillent et tiennent leur discours appris par coeur à propos d'un sujet qu'elles ne connaissaient absolument pas. Le résultat : une seule de mes deux interviews publiée (inutile de vous préciser laquelle, certainement pas celle qui aurait pu parler intelligemment de mon livre) et intégrée dans un gros dossier dont le titre était "Halte au porno dégradant". Ce qu'il se dégage de ce dossier est que la plupart des filles qui font ce métier ont subit des sévices sexuels dans leur enfance, que tous les films porno sont dégradants, et que moi je raconte des conneries. Et histoire de m'enfoncer, la brillante journaliste avait eu pour idée d'ouvrir mon interview par une saisie d'écran de film pornographique dans lequel j'aurais joué (je vous laisse également imaginer le genre de photo et de montage qui en aurait résulté si mon attachée de presse n'avait pas poussé sa gueulante). En attendant, ce journal, qui visiblement se prend pour le porte parole du féminisme (humm humm) est peut-être très libérateur. Il n'empêche qu'à titre indicatif mon interview était entrecoupée par une publicité pour perdre sa cellulite. Vive la libération !!! Et que la couverture du magazine était Monica Bellucci qui présente un film à Cannes dans lequel il y a des scènes hard et une longue séquence de viol. Hypocrisie ? Noooooooooon !!! Je continue. 20 ans, qui m'avait déjà citée comme étant la figure la plus représentative de la nouvelle misogynie (ce qui me fait toujours rire de la part d'un magazine féminin qui véhicule les stéréotypes de beauté les plus choquants, explique comment devenir aussi belle que les mannequins, quels produits il faut consommer, comment plaire aux hommes et que faire pour leur faire plaisir au lit, etc...), parle aujourd'hui de mon nouveau livre dans un dossier sur... la pornographie qui dégrade les femmes. Original. Evidemment il y est décrit que la pornographie est responsable d'agressions sexuelles, etc. Venons-en à mon livre. Il est introduit par la très spirituelle phrase "Deux travailleurs du X montrent qu'on peut aussi écrire couché" (elle parle aussi d'HPG) qui encore une fois sous-entend que la place des actrices c'est toute la journée sur un lit les jambes écartées et pas devant un ordinateur comme je suis en train de le faire. Ce qui est énervant, ce n'est pas le fait d'être critiquée mais d'être détournée. En effet, sur les 16 demi-lignes qui parlent de Porno Manifesto, plusieurs sont des détournements et des mensonges. Je ne viens pas de la petite bourgeoisie mais du milieu de l'enseignement. Je ne revendique pas le fait d'être "intello" puisque si cette pouffe s'était donnée la peine de lire le dos du livre, elle verrait que je m'en défends. Mon nom n'est pas non plus une référence à Ovide mais à un personnage (un rat) dans une BD de P'tit Luc. Une phrase extraite de mon livre est outrageusement détournée puisque j'y parle des actrices porno et qu'elle y est présentée comme parlant des femmes en général. Au passage, je remarque que quelques lignes plus haut, Virginie Despentes, qui s'est bien faite massacrer par les médias elle aussi (Virginie, si tu lis ces lignes, saches que je suis de tout coeur avec toi et qu'il faut continuer à lutter contre les forces du mal !!!), se fait descendre parce qu'elle a l'outrance d'écrire un roman non trash et non sexuel. Comme si elle aurait du rester à sa place d'écrivain-sex toute sa vie. Tout comme moi je ferais mieux de faire des films de cul toute la journée et rien que cela. Bravo... comment elle s'appelle ? Faut que je regarde le nom... Valérie Robert qu'elle s'appelle la journaliste. Et bien Valérie Robert tu pues la misère (waouh ça rime, je devrais écrire des chansons de Rock n' Roll !!!) Je continue. Je remercie Jalouse pour les belles photos et la petite interview sympa qu'ils ont publié dans leur numéro spécial beauté. Des fois on a des bonnes surprises avec la presse. Merci également à Hot Vidéo. Je continue Epok, qui, sans surpise me descend, mentent à deux reprises : il parle de moi avec mépris comme une "star du X à prétention intellectuelle". Chose dont je me défends très clairement dans mon livre, mais que visiblement il s'est permit de noter sans lire. Puisque, quelques lignes plus loin, il termine son article par "Vous avez parlé d'émotion et d'amour ? Désolé, trop risqué". Or s'il avait lu ce putain de livre, il aurait vu que la phrase qui le clot est "L'intensité et le sentiment sont des facteurs nécessaires à une sexualité épanouie, il faut les préserver." (Porno Manifesto, p 214).
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