| Ovidie : Réaction | ||
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Réaction au dossier de Libération du jeudi 23 mai 2002 (publiée le samedi 25 mai 2002 dans Libération) portant sur la pornographie et les comportements sexuels des adolescents et jeunes adultes La première lecture de ce dossier a d'abord soulevé en moi un sentiment de rage cynique : encore un journal qui, ce mois-ci, parle de la " pornographie " et la dénonce comme étant responsable de nombreux maux d'une société parfois défaillante. Ma première attitude a été de ne pas réagir, ce genre d'attaques étant maintenant entrées dans mon quotidien. Puis, je me suis retrouvée quelques heures plus tard interviewée dans une émission de radio dont le sujet était précisément " La pornographie responsable de tournantes ". Il y a des jours où l'envie me prend de ne pas laisser totalement passer ça. Venons-en au sujet. J'avais écrit ceci, il y a quelques mois, lorsque je travaillais à mon Porno Manifesto : " Le viol est le symptôme d'une société qui ne fonctionne que dans la relation dominant/dominé. Or il est beaucoup plus simple de s'en prendre à un bouc émissaire comme la pornographie, plutôt que de remettre en question les fondements d'une organisation sociale ". Le viol, en tant que manifestation sexuelle d'exercer une domination sur l'autre, existait bien avant que des joyeux lurons se filment en train de faire l'amour devant une caméra. Je me souviens il y a quelques mois d'un homme assassiné par des adolescents pour avoir défendu son fils qui se faisait racketter. Cette violence, très représentative du climat actuel, n'était en aucun cas due à une quelconque pornographie. Prendre le cinéma X comme responsable de la violence dans les banlieues, c'est éviter de se poser des questions plus profondes : vivons-nous dans une société qui fonctionne si bien que ça ? On parle beaucoup de changements de comportements sexuels et d'une banalisation de la pornographie. On nous accuse, nous pornographes, d'être partout. J'en conviens, le sexe est absolument partout : dans les émissions TV, à la radio, dans chaque magazine féminin et masculin, dans la mode, et surtout dans la publicité. Ces médias, beaucoup plus nombreux que les quelques revues ou films pornographiques accessibles en kiosque, conditionnent notre esprit et normalisent notre sexualité bien plus que n'importe quelle produit Marc Dorcel. Le moindre magazine pour adolescente explique comment pratiquer la fellation, les magazines masculins expliquent que la sodomie est une marque de domination à laquelle il faut absolument goûter, et la télévision nous apprend qu'aujourd'hui il faut être échangiste pour être dans le vent. Le poids idéologique d'une émission regardée par plusieurs millions de téléspectateurs surpassera toujours le cinéma X. La pornographie n'est pas forcément où on le croit. Pour exemple, il m'a toujours été demandé de cacher ma poitrine à chaque fois que j'ai posé pour une couverture de magazine " sous cellophane " alors que certains magazines socialement admis affichent des femmes nues sur tous les kiosques de Paris. En ce qui concerne les films pornographiques eux-mêmes, il serait bon de ne pas tout confondre. Il existe ce que j'appelle du " matériel pornographique " et du " cinéma pornographique ". Le cinéma pornographique est un cinéma de genre. Comme tout cinéma, il est le résultat d'un travail de mise en scène, de cadrage, de lumière, de direction d'acteurs, de scénario, etc. Le matériel pornographique regroupe toute la pornographie qui ne rentre pas dans cette catégorie : le film " crade ", amateur, la photographie sur internet, etc. Tout mettre dans le même sac, c'est mettre en danger un genre cinématographique qui ne fait de mal à personne et que ne véhicule pas d'images de violence ou de dégradation, ni de clivage corps/esprits comme l'affirment certains (certains films pornographiques portent sur l'amour). Un bon film est un film où le désir et l'émotion sexuelle sont présents. Il existe des chefs-d'uvre comme des très mauvais films. Il faut savoir faire la part des choses et ne pas chercher à censurer un genre qui provoque des réactions violentes en beaucoup qui ne le connaissent absolument pas. Et quand on assiste à l'acceptation de la circulation d'autant d'images sexuelles voires pornographiques dans les médias dits " traditionnels ", on peut se demander si finalement ce qui définit ce que certains appellent " la pornographie " n'est pas la respectabilité du milieu social dans lequel elle est produite. |